Thomas Ferro - Software developer LinkedIn

Mes positions actuelles concernant l’IA

Le 11 Septembre 2026, à qui de droit.

J’écris ces quelques lignes dans un but précis: distiller ma pensée, mes positions actuelles sur un sujet d’actualité qui nous impacte tous; qu’on le veuille ou non. Je ne souhaite rien prêcher, ne pas changer l’opinion de qui que ce soit. Ecrire me permet d’être plus précis dans ma pensée; j’espère que lire permettra à qui de droit de comprendre mes positions sans les caricaturer. Commençons par quelques précisions:

Je suis convaincu que la technologie au sens large peut contribuer à émanciper, nous accompagner dans la création d’un avenir globalement meilleur. Cependant, je suis aussi conscient que tout à un prix. C’est pourquoi je tends à centrer mes pratiques d’ingénierie autour des besoins; besoins auxquels je tente de répondre avec des solutions sobres et efficaces. Il me semble que les mouvances IA actuelles sont à l’opposé de ces objectifs. On investit massivement dans des technologies généralistes puis on essaye de l’appliquer dans tous les domaines — à quel coûts ? (notez si vous le souhaitez l’utilisation cynique du tiret cadratin) Des coûts financiers bien sûr, mais ce n’est pas ce qui me dérange. Je suis affligé par la mise au ban de toute discussion sur le coût environnemental, social et éthique. Qu’implique pour notre société cette course au remplacement des tâches par l’IA ? Qu’implique la création de tous ces serveurs pour les ressources rares à la production, la consommation à l’utilisation et les habitants proches ? Plus largement: souhaite-t-on se voir imposer un modèle de société (sujet vaste, complexe et nous impactant tous) par des géants de la tech ? Je n’ai pas de réponse réconfortante toute prête, un “il n’y a qu’à” démagogue qui pousse à l’inaction et au maintien du statu quo; seulement l’envie de mettre ses sujets sur la table, en débattre. Excusez enfin mon pathos, mais je souhaite pouvoir regarder mon neveu dans les yeux si un jour il me pose des questions sur la période que l’on vit; ne pas me cacher derrière le sophisme classique: “Je n’ai rien pu faire”. Je peux faire quelque chose, à mon niveau. J’ai le libre arbitre, la possibilité de prendre des décisions difficiles, qui me coûtent aujourd’hui un emploi.

Je souhaite tout de même consacrer un paragraphe à l’utilisation de LLM, malgré mon prisme biaisé. J’ai participé à des sessions de programmation en binôme où des paires brillants utilisaient des LLM à l’état de l’art (que ce soit pour de la complétion locale ou pour de la conception entièrement générée par des agents). Je ne nie pas que nous sommes arrivés à des résultats donc la mise en production ne me fait pas peur, dont je suis même fier. Il me semble toutefois que, dans ces conditions, l’on perd une part importante de notre travail: l’occasion de confronter des idées qui nous semblaient bonnes au moment de la conception avec la réalité du code de production. Constater qu’une modification en apparence anodine ne rentre que difficilement dans le modèle actuelle; revoir nos plans pour y intégrer des réusinages pragmatiques; accepter l’émergence de questions qu’on n’imaginait pas lorsqu’on était dans le théorique; bref: revoir notre copie plus ou moins en profondeur une fois les mains dans le moteur. Toute une palette qui font aussi l’ingénieurie, et qui me semble s’effacer au profit d’un modèle “planifier avec un modèle / laisser un autre développer / revoir la production avec un troisième”. Enfin, outre ce changement de paradigme qui pourrait être raffiné, j’ai surtout ressenti de la douleur humaine. Des ingénieurs on ne peut plus différents tombant dans un schéma similaire: exposer des symptômes évidents de burnout à force de vouloir aller le plus vite possible, multiplier les tâches en parallèles et ne pas rater le train.

La date en préambule n’est pas anodine, elle représente le fait que ce texte est inscrit dans son moment; voyons ce que l’avenir nous réserve !